Conte d’Hôtelier

L’Indrani Lodge : de la tech à la ferme

L’Indranie Lodge c’est l’histoire d’un changement de vie, celui du génie de la tech Philippe Brawerman. Ferme biologique, centre de yoga et cuisine du potager-à-l’assiette, l’hôtelier nous transmet à travers ce lieu hors du temps sa passion pour les merveilles de la Nature.

 

Une Double Vie

 
Indrani Lodge

Indrani Lodge
L’Indrani Lodge vu depuis l’extérieur : un ancien corps de ferme transformé en hôtel boutique.

L’histoire commence il y a trente ans. Philippe Brawerman, qui compte alors parmi les pionniers du web européens, est aux commandes de Cisco Systems Europe, Moyen-Orient et Asie. La compagnie est en pleine ascension, et les responsabilités vont de paire. “J’avais un rythme et un style de vie terrifiants, se souvient l’ancien patron belge. Ça marchait extrêmement bien, mais la pression était justement de doubler sans cesse nos objectifs. J’étais très stressé.” Toujours dans les airs, il se partage entre trois continents, sans réel pied à terre. Jusqu’au jour où il découvre, par hasard, une ancienne ferme médiévale tapie dans la campagne de Bruxelles.

Racheté à un fermier, ce lieu inhabitable en l’état devient son refuge. C’est là qu’il se pose, se recentre, entre deux vols. C’est un lieu terre-à-terre, connecté à la nature, un lieu qui lui ressemble. Bien loin de son quotidien professionnel. Il y crée son propre potager, 100% écologique, témoignant d’une conscience déjà solidement ancrée. “Je voulais faire une ferme entièrement naturelle, sans employer de produits chimiques, mais à l’époque, personne ne parlait de bio, se remémore l’ancien chef de file qui refusait d’emmener ses clients dans des étoilés “pour manger des légumes couverts de pesticides”. “Chez Cisco, on me prenait pour un dingue. J’étais en décalage total avec le milieu professionnel dans lequel j’étais”.
 

Des Airs à la Terre

 
Indrani Lodge

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A la fin des années 90, celui que le Time Magazine a qualifié d’un des personnages les plus influents de la tech met un terme à sa carrière. “C’est ce lieu qui m’a poussé à faire les choix que j’ai fait, explique-t-il. Je ne me voyais pas travailler 17h par jour pendant 20 ans, surtout pour construire quelque chose qui ne servirait à rien. Plutôt que de devenir milliardaire, j’ai préféré devenir humain.”

Libre comme l’air, il s’attèle alors à la rénovation de ce monument classé dont les fondations remontent au 9e siècle. Mais toujours dans le respect de l’environnement. Pour adapter de façon écologique le système de chauffage hérité du Moyen-Âge il opte ainsi pour la géothermie et des panneaux solaires. La structure est rénovée à l’ancienne, avec les matériaux les plus bruts possible, comme du bois naturel et des pierres existantes.
 

Transmission Spirituelle

 
Indrani Lodge

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L’homme aux multiples facettes et talents a également pratiqué le ski à haut niveau. C’est par son entraîneur qu’il découvre le yoga, et son pouvoir de concentration. La pratique l’aidera dans tous les domaines, de Polytechnique à chez Cisco. “Quand la direction se retrouvait pendant trois jours pour refaire tout le management de la boîte, je commençais par faire marcher les gens en silence pendant 1h30. Personne ne faisait ça à l’époque, ils pensaient que j’étais fou”, sourit-il.

C’est entre la Belgique, l’Inde et l’Afrique du Sud, où il fait la connaissance de sa femme, que l’ancien génie du net passe sa retraite anticipée. Tous deux étant passionnés de yoga, quand l’idée est venue d’ouvrir la ferme aux voyageurs, celle d’y créer un centre de yoga est apparue comme une évidence. Ainsi, en plus des cinq chambres uniques et contemporaines aménagées entre ses pierres millénaires, la ferme accueille les yogistes et pratiques du monde entier dans le cadre de stages et de cours quotidiens. Et s’ils sont dans le coin, les hôteliers, également certifiés, donnent les cours eux-mêmes. “L’idée était, dès le début, d’ouvrir le yoga aux gens du coin, d’adapter les prix pour rendre la pratique accessible à la communauté locale”, ajoute Philippe Brawerman.
 

Ferme Editoriale

 
Indrani Lodge

Indrani Lodge

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Une découverte spirituelle mais aussi culinaire. “L’idée de l’Indrani était de créer une expérience, souligne l’hôtelier. Quand on voyage, on ne veut pas séjourner dans un hôtel lambda, on cherche quelque chose qui relève de l’expérience. Et c’est justement ce que l’on aime chez Tablet, il y a une sélection, un éditorial, vous racontez des histoires. Notre restaurant raconte aussi une histoire : retrouver dans l’assiette ce qui a été produit dans la ferme.” Une cuisine de la ferme à la table qui se veut brute, simple mais raffinée.

Et pour cela, les deux amateurs de gastronomie, plusieurs fois juges pour des concours culinaires, se tournent vers le chef Sebath Capela, ancien second de Christophe Hardiquest, du restaurant Bon Bon. Le jeune chef travaille désormais main dans la main avec le maître du potager, un ancien botaniste formé à la permaculture qui cultive sur le domaine, au milieu des alpagas, fruits, légumes, fleurs, herbes rares et sauvages pour créer jus, huiles, eaux ou encore infusions maison. Le reste provient de producteurs locaux. Et là aussi, les propriétaires tiennent à garder les pieds sur terre. “C’est très important pour nous que ce soit accessible aux locaux, avoir des tables pour eux et à des prix raisonnables. On ne veut pas en faire une bulle de luxe dans la campagne”, insiste l’hôtelier.

Philippe Brawerman et sa femme ont récemment fait l’acquisition de la ferme voisine, elle aussi classée. Actuellement en travaux, elle accueillera sept chambres et sept habitations de plus, pour ceux qui seraient également tentés par un changement de vie. De la ferme d’origine, acquise comme refuge pour le corps et l’esprit, à son évolution attentive et réfléchie, l’Indrani Lodge c’est l’histoire d’un accomplissement. Celui d’une étoile de l’informatique qui a retrouvé ses racines.